KrISS feed 8 - A simple and smart (or stupid) feed reader. By Tontof
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Un nouveau Serious game est utilisé pour le concours 2015 Business Challenge Bourgogne Franche Comté : vous pourrez ainsi découvrir Bilboket.    L’éditeur assure un soutien téléphonique, une formation spécifique pour les professeurs inscrits est prévue, et vous aurez l’appui d’un … Lire la suite
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Connaissez-vous Jog the web ? Cet outil en ligne pourrait bien vous être utile si vous voulez proposer à vos élèves ou étudiants des parcours balisés sur le web. Vous sélectionnez vous-même vos ressources et vous les ordonnez dans une … Lire la suite
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Dans le cadre de l’AP du professeur principal, j’ai expérimenté l’année dernière avec une classe de Terminale RHC un travail sur la construction de leur projet professionnel. Les élèves ont apprécié le recours à l’outil informatique, les contacts avec les … Lire la suite
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Un troisième BTS pour le lycée Georges Colomb En cette rentrée 2014, le lycée Georges Colomb de Lure se dote d’une nouvelle formation post-bac (à côté des BTS comptabilité et gestion des organisations et assistant de gestion de PME-PMI). Il … Lire la suite
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Retrouvez les sujets de la session de septembre 2014 en : Ressources Humaines et Communication Management des Organisations Économie Droit Pour les corrigés, merci d’adresser votre demande via votre adresse académique à : valerie.obliger@ac-besancon.fr
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    L’outil informatique peut nous aider à varier les formes d’évaluations formatives et à être très réactif. Ainsi, en associant un formulaire sous Google avec l’application Flubaroo, on peut évaluer l’élève au travers d’un QCM corrigé quasi instantanément. Le feedback immédiat  … Lire la suite
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Les étudiants de première année du LYCÉE LES HABERGES ont fait leur SPEED RENTRÉE le 02/10/2014. Cette  journée d’intégration inter-étudiants, organisée par la Ville de Vesoul, a réuni cette année pour sa huitième édition 350 participants ainsi qu’une centaine de … Lire la suite
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Le CRM Nancy Metz a mis en ligne le sujet de la session de septembre 2014 de mercatique STMG. En plus du sujet de septembre, sont toujours présents ceux de la première session. Pour obtenir les corrigés, vous devaient vous … Lire la suite
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Une webographie de sites gratuits avec une interface en français dans des domaines très variés : agrégateurs de liens, cartes heuristiques, diaporama, écritures collaboratives, partage de fichiers, quiz en ligne, web conférences, vidéos, tableaux blancs,… Pour y accéder, cliquer ici  
  • Monday 10 November 2014 - 19:15
    Les étudiants de première année de BTS du lycée Georges Colomb et Bartholdi de Lure (CGO, AG PME-PMI et TC) ont pu faire connaissance entre eux et avec quelques professeurs tout en s’oxygénant dans des conditions idéales, le mercredi 10 … Lire la suite
  • Monday 13 October 2014 - 20:43

    Je viens de jouer les « business angels » en investissant dans une start-up parisienne installée dans le quartier du marais et qui relève à la fois d’internet, du big data et du secteur du luxe. Elle se situe entre l’amorçage et le démarrage. J’ai regardé d’assez près comment elle fonctionnait, non seulement en tant qu’actionnaire mais aussi en tant que professeur de gestion. Bien entendu, je ne me permets pas de généraliser les résultats à l’ensemble des start-up même si j’ai l’impression que l’on doit trouver beaucoup de traits communs.

    Première caractéristique, la motivation sans faille du leader. Il a des diplômes et un début de vie professionnelle qui l’autorisaient à « faire carrière » dans une multinationale du luxe et il a volontairement divisé par deux ou trois ses revenus pour tenter l’aventure. Il croit à son idée et je pense qu’il aime aussi son style de vie actuel qui l’oblige à déployer une débauche d’énergie et des trésors d’inventivité. Dans ce cas, pas de start-up sans un vrai leader.

    Deuxième caractéristique, la flexibilité ou d’aucun dirait l’agilité. La vitesse à laquelle certaines pistes sont abandonnées au profit d’opportunités qui se présentent « chemin faisant » fait parfois froid dans le dos. Il doit y avoir là un effet de la génération Y car je distingue une fluidité que ma génération n’a jamais eue. Nous sommes plus longs et (peut-être) mieux fondés à prendre une orientation et ensuite nous avons du mal à faire marche arrière.

    Troisième caractéristique, voir grand dès le départ. Là où notre génération prévoyait d’attaquer un marché régional, puis national et enfin de tenter sa chance à l’exportation, les start-up à base d’internet pensent au marché mondial dès le départ. Voir apparaître dans le business plan d’une société qui n’existe pas les CA par continent produit une impression un peu étrange. Cette « scalability » qui suppose que l’entreprise est capable de monter en puissance très rapidement demeure pour moi un vrai défi. Nous verrons à l’usage.

    Quatrième caractéristique (à laquelle je suis particulièrement sensible) la gestion des ressources humaines. A peu près l’inverse de ce que nous enseignons, peu d’organisation, pas de recrutement traditionnel, pas de définition de poste, pas de logique ni d’équité dans les rémunérations, pas de perspective d’évolution. Les recrutements se font par cooptation. La règle concernant l’organisation semble être celle des projets avec le leader pour seul coordonnateur, les projets se chevauchent parfois obligeant à des arbitrages fréquents. Il n’y a pas de hiérarchie, chacun rapporte au leader. Les rémunérations sont basses, surtout si on les met en rapport de la durée du travail que l’inspection du travail serait parfois en droit de réprouver… mais le climat social semble très bon. La disposition des locaux consiste en un seul plateau, tout est en « open » space avec des rayonnages pour séparer les postes. En revanche on chercherait en vain la table de ping pong ou la salle de méditation qui semblent si répandues aux USA. Quelques collaborateurs clés possèdent des actions mais l’entreprise n’a pas encore entamé les levées de capitaux qui devraient les enrichir.

    Cinquième caractéristique, la création d’un eco-système. Cette start-up entretient avec certains de ses futurs clients et son environnement (le secteur du luxe) des relations constantes. Le (futur) client co-construit certaines applications et certains gros prescripteurs du secteur sont à l’origine des repositionnements que j’ai évoqués plus haut sous le qualificatif de la flexibilité. Cette start-up se permet, une fois par mois d’inviter dans ses locaux d’autres créateurs de start-up relevant plus ou moins du même modèle d’affaire pour échanger sur tous les sujets. Il y a des échanges relevant des solutions informatiques, aussi bien que des échanges (avec un avocat spécialisé) sur les meilleurs montages de levée de fonds. Pour une start-up qui a tout à prouver, je trouve ceci très « gonflé » mais cela crée aussi de la notoriété et il y a fort à parier que lorsqu’elle se lancera, dans quelques mois, elle bénéficiera de tous ces contacts informels.

    Lorsque j’ai demandé au créateur à voir l’étude de marché, il m’a répondu « on ne fait pas une étude de marché pour un marché qui n’existe pas », lorsque je lui ai demandé son business plan il me l’a donné avec un commentaire « tu sais il peut changer du jour au lendemain », lorsque je lui ai demandé son schéma d’organisation (« qui fait quoi » ?) il a souri… Finalement je pense qu’il a une bonne idée, qu’il est compétent et plein d’énergie et que son équipe est motivée donc j’ai oublié pour un temps tout ce que j’enseigne et j’ai dit « oui ».

  • Monday 08 September 2014 - 11:21

    Pendant trente ans, le recrutement des professeurs d’université dans les disciplines d’économie et de gestion reposait sur le concours d’agrégation pour la majorité des postes (article 49-2 du décret 84-431 du 6 juin 1984). D’autres voies existaient mais elles étaient minoritaires (article 49-3 et 49-4).

    Désormais le décret du 2 septembre introduit pour 4 ans, à titre expérimental, un décontingentement exceptionnel du nombre de places mis au concours d’agrégation dans les disciplines d’économie et de gestion. C’est le résultat d’un intense lobbying des Présidents d’Université et de certains enseignants-chercheurs qui ont créé un site web et une pétition au nom éloquent, « suppressionagregation.wordpress.com ». Le concours d’agrégation n’est pas supprimé mais le nombre de places dépendra des demandes des établissements car il n’y aura plus de quota imposé. Comme on sait que la majorité des Présidents ne veut pas de ce concours, on peut imaginer qu’on s’achemine vers une disparition pure et simple de cette modalité de recrutement et le rapport d’évaluation prévu par les textes, aux termes de l’expérimentation, conclura en 2018 qu’il est inutile de rétablir le contingentement.

    Faut-il se réjouir ou se désoler de la mort ainsi programmée du concours d’agrégation dans ces deux disciplines ?

    D’un côté, on peut comprendre les Présidents d’Université qui considèrent que l’autonomie de leurs établissements passe par la capacité de recruter qui ils veulent, comme ils veulent (dans le respect de certaines règles, bien sûr). Certains établissements éviteront mieux que d’autres le localisme et seront capables d’attirer des candidats internationaux qui auraient été rebutés par le concours d’agrégation. Nous verrons s’ils sont majoritaires. J’en doute. Cette suppression va, selon moi, renforcer le clivage entre les leaders et les autres, les petites Universités en feront les frais.

    D’un autre côté, l’agrégation avait un mérite, tous les candidats passaient le même concours et les postes étaient attribués en fonction du classement. Je suis issu de ce concours et j’ai participé plusieurs fois au jury pour les disciplines de gestion. J’ai également participé à d’autres grands jurys nationaux et j’y ai toujours ressenti un réel effort d’objectivité. Le format des épreuves, le respect des conditions de passage de ces épreuves permettent au principe républicain d’égalité des candidats de prendre ici tout son sens.

    Concernant la gestion, discipline jeune, le concours d’agrégation a débuté en 1975 et en 40 ans il a permis de doter la France d’une importante communauté d’enseignants chercheurs de très bon niveau comme l’atteste la qualité croissante des publications dans les revues internationales de gestion. En 2008, le corps des professeurs de gestion comptait 415 membres dont les trois-quarts provenaient d’un concours d’agrégation. Par ailleurs, la gestion est une discipline qui connaît de nombreuses spécialités (marketing, comptabilité, finance, gestion des ressources humaines, etc.) mais qui possède également une véritable unité, la conduite des organisations. Le concours d’agrégation permet de concilier les connaissances de base de la gestion et la nécessaire spécialisation du candidat. Il y a fort à redouter que les procédures de recrutement au niveau des établissements ne prennent en compte que la spécialisation et, comme dans d’autres pays, nombre de professeurs seront demain hyperspécialisés, incapables de communiquer entre eux et tentés de se replier sur des communautés académiques coupées du monde réel.

    Aux USA, de nombreux observateurs font remarquer que Peter Drucker ne serait certainement plus recruté aujourd’hui comme professeur de gestion. Je pense que, s’il avait été candidat, il aurait été reçu à l’agrégation en France… Aux USA, la recherche en gestion est de plus en plus critiquée par le monde économique et le mode de recrutement ainsi que la gestion des carrières des professeurs sont tenus pour responsables. C’est pourtant ce vers quoi nous nous acheminons désormais… Le concours d’agrégation conserve également un bon équilibre entre les épreuves qui permettent de juger la qualité de l’enseignant d’une part et celles du chercheur d’autre part. Sur ce point rien n’empêche les établissements de préserver également cet équilibre mais je crains que la balance penche trop vite et trop fort du côté de la seule recherche car c’est à la fois plus simple à juger et plus valorisant pour un jury. Rares sont les jurys d’établissement qui accordent aux « leçons » (c’est-à-dire à la simulation des cours) la place qu’elles occupaient dans les épreuves d’agrégation.

    Concernant la critique fondée selon laquelle le choix des candidats reçus au concours d’agrégation prenait davantage en compte les horaires de la SNCF que les besoins des Universités, un rapport de 2011, sous la plume du Professeur Mougeot (voir le rapport) proposait une procédure alternative d’appariement entre les postes offerts et les candidats reçus dont le ministère aurait pu s’inspirer avec profit.

    Nous verrons également, à terme, si la mort annoncée de l’agrégation en gestion est aussi favorable aux Universités, notamment par rapport aux grandes écoles. Il y avait, il faut le reconnaître, un certain prestige attaché au titre de professeur agrégé. En perdant ce prestige on court le risque de mettre les candidats en situation de ne prendre en considération qu’une seule dimension, le montant de la rémunération. Nous verrons ce qu’il adviendra…

  • Monday 28 July 2014 - 11:11

    Un projet de loi récemment déposé par Thierry Mandon, depuis juin 2014 secrétaire d’Etat à la réforme administrative, concerne la simplification de la vie des entreprises. A l’heure où j’écris cet article, il est passé en première lecture à l’Assemblée Nationale. Il contient un article (art. 28) habilitant le Gouvernement à prendre par ordonnance les mesures relevant du domaine de la loi nécessaires à la création d’un nouveau régime juridique applicable aux établissements d’enseignement supérieur relevant des chambres de commerce et d’industrie (CCI). Actuellement, les écoles relevant des CCI sont souvent de simples associations. Parfois, c’est le cas de TBS (Toulouse Business School), elles n’ont même pas de personnalité juridique et sont un simple service d’une CCI. Le statut envisagé leur permettra de se constituer en entité autonome. Ce nouveau statut prendra la forme d’une société anonyme dérogatoire dans laquelle les CCI devront rester majoritaires. Les personnels pourront conserver le statut d’agent consulaire s’ils le désirent. Ce nouveau statut sera optionnel. Il offre de nombreux avantages pour les écoles donc pour les étudiants et pour les CCI. Pour les écoles, il permettra un meilleur fonctionnement interne et une meilleure lisibilité internationale. Concernant le fonctionnement, un directeur d’école consulaire agit aujourd’hui par délégation du Président de la CCI dont il dépend et cette délégation peut être plus ou moins large selon les cas. Certaines décisions comportant des enjeux financiers lourds ou présentant des obligations juridiques particulières nécessitent des passages en bureau, en commission des finances, en Assemblée générale, d’autres encombrent le bureau du Président car elles sont hors délégation. Tout ceci alourdit le fonctionnement quotidien car les CCI ne sont pas des entreprises privées, ce sont des établissements publics et leur mode de fonctionnement est naturellement soumis à de nombreuses règles et à de nombreux contrôles. Les écoles, notamment les écoles de commerce, évoluent sur un marché mondial hyperconcurrentiel qui nécessite une vitesse de réaction, une souplesse de fonctionnement souvent peu compatible avec les règles consulaires.


    Un autre avantage consistera, pour les écoles, à avoir de vrais Conseils d’Administration dans lesquels toutes les parties prenantes pourront siéger, les anciens, les personnels et notamment les professeurs, les étudiants, les entreprises, les collectivités territoriales en plus, bien sûr de la CCI elle-même. Cette représentativité du CA sera un vrai atout pour la prise de décision stratégique. De même, qui dit « entité juridique autonome » dit compte de résultat et bilan. On sera ainsi plus près de la vérité des coûts et on pourra, par exemple, plus facilement comparer le prix de revient d’un étudiant d’école de commerce avec d’autres types de parcours. La future école pourra emprunter directement auprès des établissements spécialisés alors qu’aujourd’hui c’est la CCI qui doit le faire, ce qui n’est pas évident dans le contexte qu’elles connaissent. Pour qu’il n’y ait pas de confusion avec le secteur privé lucratif (cf. notamment mon article précédent intitulé « The laureate ») ces EESC, écoles supérieures d’enseignement consulaire, devront réinvestir tous leurs bénéfices, elles ne distribueront pas de dividendes.

    Les CCI trouveront également des avantages dans ce nouveau statut. La dimension immobilière est importante et représente de gros enjeux. Si les CCI décident de conserver la propriété des locaux qui leur appartiennent, on peut imaginer qu’un bail donnera aux écoles une propriété commerciale et si les CCI décident de doter les écoles de locaux, tout ceci sera valorisé et accroitra la valeur de l’école. Enfin les écoles internationalement accréditées, comme TBS, HEC, l’ESSEC ou l’ESCP-Europe, auront plus de facilités dans l’avenir à convaincre les auditeurs de leur autonomie, ce qui est un critère important dans les standards internationaux.

  • Wednesday 04 June 2014 - 15:03

    Longtemps les business schools ont formé exclusivement leurs étudiants à la gestion. En France, cela était d’autant plus paradoxal que les business schools ne s’appelaient pas école de gestion mais « école de commerce ». Résultat, on leur reprochait souvent de ne pas former suffisamment au commerce et particulièrement à la vente ! Puis le reproche s’est étendu à la création d’entreprise. Yvon Gattaz, le père de l’actuel patron du Medef (lui-même patron du CNPF),  écrivit en 1970 : « Parmi les élèves de grandes écoles d’ingénieurs, seul 0,3 %, soit 1 par promotion de 300 crée une entreprise industrielle encore viable au bout de cinq ans ». Je pense qu’à l’époque son constat aurait pu être étendu aux écoles de commerce. Trois ans plus tard, HEC fut la première école à réagir en créant sa filière entrepreneur sous la direction de Robert Papin. Beaucoup d’autres écoles suivront. Plus récemment, dans les années 2000, certaines d’entre elles franchiront un pas de plus en proposant à leurs étudiants des incubateurs. Parfois, cet incubateur s’accompagne d’une intervention de « business angels » (en liaison avec les anciens de l’école) qui peuvent éventuellement assurer une première levée de fonds.

    Selon les écoles, nous avons aujourd’hui une expérience plus ou moins longue de la création d’entreprise à partir des amphis. Ce qui me frappe c’est que, depuis deux années, nous assistons à un véritable « boom » des vocations de créateurs d’entreprise. Alors que la conjoncture économique française n’est pas particulièrement folichonne, nos étudiants semblent de plus en plus tentés par l’aventure de la création d’entreprise et ce très rapidement après leur intégration. Pour TBS, le nombre a été multiplié par deux et demi en deux ans (29 projets en janvier 2012, 85 en janvier 2014)

    Les projets sont souvent liés aux technologies de l’information ou, pour le moins incorporent le net dans le modèle d’affaire. C’est la contribution des business schools à la « French Tech » (#Frenchtech). Pour une école cette envolée est une excellente nouvelle. Nous avons des étudiants extrêmement motivés par leur projet, ils demandent à nos enseignants des conseils personnalisés et souvent ces conseils servent de point de départ à des échanges passionnants au sein des groupes de travail. Ces créateurs en herbe font parler de l’école car leurs parcours sont suivis de près par les medias. Mais surtout, ils font souffler un vent de fraîcheur et de dynamisme dans nos institutions. Ils génèrent de l’enthousiasme, ils sont le meilleur des antidotes à la morosité ambiante et nous donnent à tous une « pêche d’enfer ».

    Je ne pense pas que  Mark Zuckerberg aurait pu créer Facebook s’il avait été étudiant dans une école française parce que l’écosystème national n’est pas assez favorable (mais je peux me tromper[1]). En revanche, on ne peut que se réjouir de voir que certains obstacles disparaissent, le statut d’étudiant-entrepreneur qui devrait être lancé à la rentrée 2014 en fait partie. Il apporte des réponses à certains problèmes, par exemple ceux liés à la valorisation du travail de création dans l’obtention du diplôme, ou encore celui de la couverture sociale. En revanche il est dommage que l’étudiant entrepreneur ne puisse effectuer son stage de fin d’étude dans son propre projet. A l’heure de la réalité virtuelle, il y avait là un défi intéressant à relever.

    Jacques Igalens


    [1] Certains pourraient objecter que Mark était inscrit dans la plus célèbre business school du monde mais son succès n’est pas dû à son appartenance à la Harvard Business School ; si on croit sa légende sa principale motivation était de draguer et il y a de belles étudiantes dans toutes les écoles …

  • Wednesday 21 May 2014 - 08:50

    « The Laureate » ce n’est pas ce magnifique film dans lequel Dustin Hoffman se fait draguer par Mme Robinson (sur un air de Simon & Garfunkel), en VO le film a pour titre « the Graduate » et c’est en VF qu’il est devenu le lauréat… En revanche, Laureate c’est une puissante société privée qui a son siège à Baltimore (Maryland), qui a pour Président d’honneur Bill Clinton et qui se définit comme travaillant dans l’industrie de l’éducation.

    Au départ cette société (cotée en bourse) était dédiée au secondaire et, il y a une dizaine d’années, elle s’est spécialisée dans le supérieur pour en devenir rapidement le premier acteur véritablement global. Hors des USA, elle est notamment présente dans huit pays d’Amérique Latine, neuf en Europe, deux au Moyen Orient, sept dans la zone Asie-Pacifique et deux en Afrique. Elle est active dans des secteurs aussi différents que l’enseignement de la médecine, de l’architecture ou le management. En France, elle possède des écoles telles que l’ESCE (Ecole Supérieure du Commerce Extérieur), l’ECE (Ecole Centrale d’Electronique), l’IFG (Institut Français de Gestion), l’EBS (European Business School) et elle pourrait s’intéresser à des écoles de commerce en difficulté. Pourtant la France n’est pas une cible prioritaire, aujourd’hui la société Laureate est orientée vers les marchés émergents ( World Bank Group l’aide à hauteur de 150 millions de dollars pour cela) et vers les nouvelles technologies, notamment la plateforme Coursera dans laquelle elle a investi.

    Un tel acteur aussi puissant par la taille (environ 750 000 étudiants) et par sa force de frappe financière pose, bien évidemment, la question du « business model » sous-jacent. Certes, on veut bien croire que les capacités managériales de Laureate permettent de redresser ou d’améliorer la gestion d’écoles qui s’étaient assoupies mais cela n’est pas suffisant. Pour autant qu’on puisse en juger aujourd’hui le modèle d’affaires repose en grande partie sur l’effet de réseau et les capacités de transfert au sein du réseau. Cela est peu visible aujourd’hui car Laureate n’a pas une vision simpliste des marchés nationaux et elle ne déroule pas un rouleau compresseur pour uniformiser les différences nationales, au contraire elle cherche à comprendre les particularités de chaque domaine d’affaires et notamment de chaque spécialité universitaire dans chaque zone géographique. Mais demain quand cette connaissance aura été digérée le seul projet rationnel pour assurer la pérennité d’un tel groupe, et pour en assurer le retour sur investissement, c’est de pouvoir faire circuler les ressources au sein du réseau et d’apprendre à l’échelle mondialeµ. Faire circuler les ressources rares que sont les pépites du corps d’enseignant (pardon « la faculty »), mettre en place à Madrid de bonnes pratiques découvertes à Sydney, mutualiser (grâce au MOOCS) certains enseignements, déployer des méthodologies d’assurance qualité, mieux garantir l’employabilité en jouant sur la globalisation du groupe, etc.

    Bref, si (comme moi) vous avez été surpris en lisant le terme « industrie de l’éducation », il se peut que d’ici quelques années vous vous fassiez vous aussi à cette idée.

    Jacques Igalens

  • Tuesday 15 April 2014 - 22:34

    Depuis quelques années fleurissent de nouveaux concepts largement redondants, conscious capitalism, économie sociale et solidaire, social business (labellisé par Muhamad Yunus et popularisé par Danone), économie de la contribution, économie de la fonctionnalité, économie collaborative, économie latérale (ou horizontale), économie circulaire et, depuis peu, l’économie positive. Jacques Attali a remis un rapport sur le sujet au Président de la République.

    L’idée partagée de tous ces concepts est simple, notre modèle de création de richesses fondé sur une (sur)exploitation de la Nature et parfois de l’Homme a atteint ses limites et pour Jacques Attali d’ici 2030 (c’est-à-dire demain) il faudra avoir changé de système économique. Au-delà du constat partagé les solutions varient d’un concept à l’autre, pour le « conscious capitalism » on est très proche de la responsabilité sociale de l’entreprise, ce sont les dirigeants qui doivent mieux intégrer les demandes de leurs parties prenantes. L’ESS (économie sociale et solidaire) repose sur un projet collectif à but non lucratif. Le « social business » cherche à mobiliser les plus pauvres en leur donnant accès à des financements et des jobs adaptés. L’économie de la fonctionnalité (produit dérivé du Grenelle de l’environnement) repose sur la location de service comme alternative à l’achat de biens, l’économie circulaire repose sur deux piliers l’éco-conception et l’analyse du cycle de vie, etc.

    Au-delà des différences entre ces approches alternatives de l’économie se pose la question de leur intégration dans l’enseignement supérieur, qu’il soit universitaire ou de type grande école. De nombreux débats ont lieu depuis plusieurs années concernant l’enseignement de l’économie, le journal « Le Monde » s’en est fait l’écho récemment mais souvent ces débats opposent deux visions de l’économie (orthodoxe ou hétérodoxe), ou encore deux visions des outils nécessaires pour aborder l’économie (outils mathématiques versus outils plus proches de ceux utilisés dans les sciences sociales). Il s’agit ici d’un point de vue différent qui consiste à plaider pour ce qui était enseigné autrefois sous le nom de l’histoire des faits économiques, sachant que l’actualité fait aussi partie de l’histoire. En d’autres termes la place aujourd’hui réservée à la simple observation de ce pan de l’économie réelle me semble insuffisante et je ne pense pas que l’explication de cette carence relève uniquement de clivages idéologiques ou méthodologiques. Pour prendre l’exemple de l’économie « positive » prônée par Jacques ATTALI elle est abordée de façon très quantitative : « la mesure est essentielle à l’économie positive » (cf « Positive Book » N°1, p.16). De même je fréquente beaucoup d’économistes qualifiés d’orthodoxes (je suis toulousain…) et je sais l’intérêt que portent beaucoup d’entre eux à ces approches nouvelles, quelles que soient leurs appellations. Les oppositions entre options idéologiques ou entre conceptions de l’enseignement économiques (notamment concernant la place des techniques) ne devraient pas empêcher que tous les enseignants d’économie s’accordent sur le fait que ces nouvelles formes d’économie et de gestion existent, qu’elles ne sont pas que des mots mais avant tout des pratiques. Il est possible de les analyser avec un regard critique, par exemple de se demander si certaines règles sont généralisables. La règle de l’économie sociale (un homme = une voix) convient-elle à tous les secteurs et à toutes les tailles d’organisation ? L’économie de la fonctionnalité ne risque-t-elle pas d’accroître le chômage ? Ces questions et ces critiques font partie de la mission de l’enseignement supérieur qui doit former la capacité des étudiants de « penser par eux-mêmes » mais on ne devrait pas, comme aujourd’hui, accepter de véritables points aveugles dans l’enseignement de l’économie et de la gestion.

    Jacques Igalens 

  • Monday 10 March 2014 - 11:04

    La majorité des français approuve les ABCD de l’égalité, ce programme qui a déclenché une polémique en donnant lieu à un mouvement de retrait totalement irrationnel de certains enfants des écoles. Qu’en est-il dans le supérieur et notamment dans l’enseignement de la gestion ?

    Nous savons que la théorie du genre n’existe pas (ce terme ressemble à celui de la théorie du complot et je me demande si il n’est pas utilisé pour effrayer ?). Ce que l’on trouve dans l’enseignement supérieur, ce sont des enseignements et des recherches sur le genre.  Du 17 au 19 décembre 1982, se tenait à Toulouse le colloque intitulé « Femmes, féminisme et recherches » qui fut la première manifestation scientifique d’ampleur faisant le panorama des « études féministes », ancêtre des actuelles « gender studies ». Trente ans plus tard, l’Université du Mirail et la MSH ont organisé avec l’appui de Toulouse Business School un nouveau colloque sur le même sujet, ce qui a permis de mesurer les progrès accomplis. L’une des retombées de ce colloque fut le lancement d’une pétition pour que soit créé un poste fléché genre pour l’enseignement supérieur et la recherche dans chaque université et dans chaque section du CNRS. Avec Yvette Roudy, ancienne Ministre des Droits de la Femme, je fus l’un des premiers signataires de cette pétition qui est toujours ouverte et qui a déjà rassemblé 1000 signatures. L’un des attraits des « gender studies » est constitué par leur transversalité, à peu près toutes les sciences sociales peuvent apporter leur contribution.  A Paris, par exemple, Sciences Po a ouvert une section consacrée aux « gender studies » et a initié un programme de recherche, le PRESAGE, Programme de Recherche et d’Enseignement des SAvoirs sur le GEnre qui relève essentiellement de l’économie. Je n’évoque que pour mémoire l’apport de l’anthropologie (Françoise Héritier), de la philosophie (Simone de Beauvoir, Derrida, Michel Foucault…) de la théorie littéraire (il faut lire la caricature pleine d’humour que dresse à ce sujet David Lodge dans son chef d’œuvre « Small World ») etc. Aussi peut-on légitimement se demander ce qu’il en est de la gestion ? Y-a-t-il un apport des sciences de gestion aux « gender studies » ? Les sciences de gestion couvrent de nombreuses problématiques. Le plafond de verre et, de façon plus générale, la place et la carrière des femmes dans les organisations ont fait l’objet de nombreuses recherches. L’existence de valeurs féminines dans le management fait également l’objet de publications savantes et là on est vraiment au centre de l’hypothèse centrale des « gender studies » car qui dit vertus féminines ne dit pas forcément vertus de la femme… Mais aujourd’hui ce qui me semble le plus intéressant c’est de savoir si « toutes choses égales par ailleurs » les femmes (ou les vertus féminines mises en actes) obtiennent de meilleurs résultats que les hommes (ou les vertus masculines…) dans leur management. Un apport intéressant même s’il fut controversé lors de sa parution, a été fait par Michel Ferrary professeur à HEC Genève. Il a montré que les femmes obtiennent de meilleurs résultats en temps de crise ou de basse conjoncture et les hommes en période de croissance. Si on couple ce résultat avec le fameux amendement Zimmerman-Coppé le résultat peut être intéressant. Nous venons d’arriver au premier pallier de la loi de 2011 qui impose un quota de femmes dans les CA, 20% cette année et 40% en 2017. Comme il n’échappe à personne que, dans notre pays, la période actuelle n’est pas tournée vers la croissance je trouve un motif de satisfaction dans le fait de savoir que les femmes arrivent actuellement en force dans les CA du CAC !!!

    Jacques Igalens 

  • Monday 10 February 2014 - 15:32

    Le système des grandes écoles à la française est de plus en plus attaqué et je trouve que nombre de ces attaques sont injustifiées. Prenons deux des critiques les plus courantes, l’illisibilité et l’injustice du système.

    En premier lieu, on reproche l’illisibilité du système car seul le système universitaire serait lisible lorsque l’on observe la France depuis l’étranger. Personnellement,  je n’ai jamais eu ce sentiment quand j’observe la densité et la qualité des partenariats que nouent les grandes écoles avec des Universités étrangères. De plus, la France est loin d’être la seule à posséder un double système d’enseignement supérieur. Pour le domaine que je connais le mieux, l’enseignement de la gestion, on trouve en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Suisse ou dans les pays nordiques à côté des Universités les « Fachhochschule » (au pluriel Fachhochschulen) qui  se caractérisent par de petits effectifs en classe et qui ont des relations privilégiées avec les entreprises. Je pars demain en Inde pour établir des relations avec un établissement qui appartient à un réseau de treize établissements publics qui sont les IIM, les Instituts Indiens de Management qui ont été créés pour répondre à un besoin croissant en managers, des industries indiennes en fort développement. Les IIM ont été établis avec pour objectif de dispenser une formation de haute qualité en management. En Angleterre et dans de nombreux pays de culture anglo-saxonne (notamment le Canada, l’Australie mais aussi beaucoup d’autres pays de la région Asie-Pacifique), à côté des Universités il existe des instituts ou des écoles « polytechniques » qui sont parfois très  bien classés. Certes, on peut répliquer que cette liste impressionnante ne comprend pas le pays d’où proviennent les plus grandes innovations en gestion, les Etats-Unis. C’est vrai car le système public universitaire américain est prédominant mais en règle générale, chaque État possède au moins deux universités, appelées University of « Nom de l’État » et « Nom de l’État » State University, la première étant plus prestigieuse que la seconde. Par exemple, en Californie, les deux grandes universités sont l’ « University of California », très sélective, et la « California State University » un peu moins réputée.

    Ce qui fait qu’en réalité le double système d’enseignement supérieur à la gestion est universel et que la France, loin de constituer une exception présente une situation tout à fait « lisible » avec les grandes écoles de gestion d’un côté et l’enseignement de l’économie et de la gestion au sein des Universités de l’autre.

    Quant au second reproche, l’injustice du système français des grandes écoles, il repose le plus souvent sur le fait que la sélection s’opère après deux ou trois ans de CPGE (« Classes Préparatoires aux grandes écoles »). La première sélection est opérée par le chef d’établissement (le lycée) qui n’admet que les meilleurs étudiants en « classe prépa » puis par le concours d’entrée dans la grande école. On reproche à ce système d’être stressant pour les étudiants, c’est vrai. Il faut beaucoup travailler et, par définition, un concours est stressant. D’un autre côté vers 20 ans les jeunes sont au top de leurs qualités physiques et intellectuelles, ils vont vivre une expérience intense qui va leur donner confiance en eux-mêmes pour toute leur vie car ils sauront qu’ils sont capables de beaucoup travailler et de supporter le stress. Dans le domaine de la gestion, c’est incontestablement un avantage. Je suis beaucoup moins à l’aise avec l’injustice que représentent les frais de scolarité, là réside le seul vrai problème des grandes écoles en gestion. Oui, il faut reconnaitre qu’aujourd’hui encore des étudiants qui ont le goût et les capacités pour suivre, dans les grandes écoles, le haut enseignement commercial ne le font pas car ils pensent ne pas en avoir la capacité financière. En réalité des solutions existent, les bourses, les prêts, les jobs (avec des sections à horaires aménagés comme nous l’avons fait pour le Programme Grande Ecole), l’apprentissage mais c’est loin d’être suffisant et surtout c’est peu connu ce qui fait que l’auto sélection sociale existe bel et bien.

    Pour ma part c’est sur ce problème que je travaille pour améliorer la situation car pour le reste je trouve que le système des grandes écoles de gestion « à la française » est vraiment un système d’excellence.

  • Wednesday 08 January 2014 - 12:06

    Le début d’année est propice aux prévisions mais il s’agit souvent de prévisions à court terme, pour l’année qui vient, parfois pour cinq ans, guère plus. Cet exercice nous empêche de distinguer les lignes de force qui structurent notre avenir, ce que Naisbitt appelait « megatrends » dans les années 80. Force est de constater qu’il ne s’était pas beaucoup trompé puisqu’il avait qualifié de megatrends la mondialisation, l’émergence de la Chine comme super puissance, la révolution du e-commerce, le passage de la société industrielle à la société de l’information et celui de l’organisation hiérarchique à l’organisation en réseau !

    Le problème c’est que tout le monde n’a pas les capacités futurologiques de Naisbitt et que (pour des raisons que j’ignore) tous les sites internet qui dépendent de lui sont devenus inaccessibles. Aussi j’entrevois un créneau pour essayer de proposer trois de ces megatrends que nous avons tous sous le nez mais que nous n’arrivons pas toujours à distinguer dans le bruit quotidien.

    Le premier c’est le vieillissement de la population mondiale. Les progrès de la prévention et de la médecine couplés à la chute de la fécondité nous conduisent tout droit vers une société du grand âge. En ce début du XXIè siècle, les personnes âgées sont environ 600 millions dans le monde. Vers 2050, elles devraient être quelque 2 milliards. En pourcentage, les plus de 60 ans représentent actuellement 8 % dans le monde et passeront à 20 % en 2050. Certes, une personne de 60 ans aujourd’hui ne ressemble pas à ce qu’était une personne du même âge il y a 50 ans et probablement pas, non plus, à un senior de 2050. Nonobstant nous devrions penser que l’Université du troisième âge (dont  le professeur toulousain Pierre Vellas avait eu l’intuition en 1973) a désormais de beaux jours devant elle…

    Le second megatrend, connu de tous mais peu pris en compte dans les prévisions, concerne le réchauffement climatique. Les projections des modèles climatiques présentées dans le dernier rapport du GIEC indiquent que la température de la surface du globe est susceptible d’augmenter de 1,1 à 6,4°C supplémentaires au cours du XXIè siècle (probablement 3 – 4°). Nous pensons spontanément à la disparition de la banquise et aux dérèglements climatiques mais d’autres changements économiques et sociaux paraissent tout aussi préoccupants. Sans reprendre les chiffres exacts mais pour fixer un ordre de grandeur, l’économiste Stern a évalué, dans son rapport, que le coût de ce réchauffement serait supérieur pour nos économies au coût cumulé des deux conflits mondiaux du siècle passé. Certes on peut se dire que plus l’économie mondiale sera forte, plus elle sera capable de digérer ce coût mais je trouve qu’aujourd’hui les conséquences économiques de ce mégatrend ne sont pas suffisamment prises en compte dans nos prévisions. Qui va payer ? Comment ?

    Le troisième megatrend que j’entrevois est heureusement plus positif que les deux premiers, il s’agit de l’extension des loisirs numériques. L’institut Gartner de Stanford estime que les consommateurs du monde entier vont continuer massivement à consommer de plus en plus de loisirs numériques. D’ici à 2016, le marché devrait croître à raison de 130 milliards de dollars par an, pour atteindre 2 700 milliards fin 2016 et cela continuera dans les années suivantes.  Parmi les croissances notables : les applications pour mobile et les livres électroniques. Dans le monde de l’enseignement nous connaissons déjà les serious games et les MOOCS mais nous serons encore plus concernés par la digitalisation des modes de transmission du savoir. L’utilisation de nos supports traditionnels, le livre papier et le cours magistral qui servent à faire passer le savoir du professeur vers l’étudiant sera de plus en plus limitée (mais ne disparaitra pas). La recherche personnelle de l’étudiant dans des environnements numérisés deviendra de plus en plus pratiquée et si nous arrivons à rendre cette quête ludique nous résoudrons l’éternel problème de la motivation. Ce dernier megatrend nous oblige d’ores et déjà à reposer en termes nouveaux des questions telles que le rôle de l’enseignant, la question de la propriété intellectuelle et du plagiat (« le devoir rendu par l’étudiant doit-il être considéré comme plagié s’il est constitué de fragments de savoir assemblés à l’issue d’une quête originale et sincère au sein de l’environnement numérique ? »), le contrôle de la qualité des sources, la préservation de l’intimité, etc. Vastes sujets pour une Nouvelle Année mais 2014 et les années qui vont suivre seront encore plus numériques que celles que nous avons connues jusqu’ici ; autant nous y préparer.

  • Monday 16 December 2013 - 14:46

    La vitesse nous tue et pas uniquement lorsque nous sommes au volant. Nous faisons tout trop vite et la vitesse est devenue pour beaucoup d’entre nous une seconde nature. L’accélération est devenue un moteur pour l’économie, il faut aller toujours plus vite, produire plus vite, consommer plus vite, vivre plus vite. Les effets délétères de cette injonction se font sentir sur tous les plans, nous épuisons la nature, nous épuisons nos organismes, nous ne voyons plus le temps passer et nous ne profitons plus de la vie.

    De ce constat sont nées, dans les années quatre-vingt, de nombreuses initiatives labellisées « slow » : slow food, c’est-à-dire manger plus lentement et plus sainement, slow travel pour profiter du paysage et pour un tourisme intelligent, slow love (ou encore slow sex) dont chacun comprendra les contours, slow city qui n’est pas un endroit mais un concept opposé à la vie urbaine et qui comporte 70 recommandations telles que « mise en valeur du patrimoine urbain », « réduction des consommations énergétiques », etc.

    Bien sur l’éducation n’est pas en reste et le slow teaching entraine le slow learning. Il s’appuie (pour l’enseignement supérieur) sur la slow science. Le slow teaching propose une réflexion pédagogique intéressante car il ne s’agit pas seulement de prendre son temps dans l’enseignement, il s’agit également de développer la pensée réflexive pour apprendre en profondeur.

    L’étudiant n’est pas là pour ingurgiter des connaissances mais il doit réfléchir par lui-même sur ce qu’il vient d’apprendre. On sollicite son point de vue et lorsque cela est possible il participe à la production de connaissances par une activité mixte entre enseignement et recherche. Il s’agit d’arrêter le zapping et le passage d’une discipline à l’autre pour se concentrer le temps nécessaire sur chacune d’entre elles (ce qui entraine une réforme des emplois du temps). Il s’agit également d’être pleinement présent dans la salle de cours (c’est là que le slow teaching rejoint le slow learning) dans une attitude d’écoute attentive, de participation effective et de collaboration voire de bienveillance entre étudiants. Pour cette raison, ce mouvement me semble devoir être intégré à la réflexion que je mène concernant la pédagogie de TBS. Déjà, nous avons intégré la pensée dans notre signature (Think and Create) et nous avons la semaine dernière acheté un nouvel immeuble dans lequel je compte aménager une salle de méditation. Mais, si je compte explorer cette voie du slow learning, je ne souhaite absolument pas qu’elle devienne « la » voie car, dans ce domaine, la diversité s’impose. De même que nous avons complété notre signature par un second qualificatif (Create) nous conserverons dans notre école une façon classique d’enseigner ; pour moi, il n’y a aucune contradiction entre le fait d’expérimenter le « slow teaching » et de produire des MOOCS. TBS travaille d’ailleurs sur ce projet avec une autre école ; chacune des deux écoles produira trois MOOCS qui porteront notre double sceau et qui seront, dans un premier temps, partagés entre nous avant d’être ouverts à tous…